Webdocumentaire : les origines

Le documentaire a pris de nombreuses formes : au cinéma, à la radio, au théâtre, jusqu’au webdocumentaire actuel. Toutes ces formes ont en commun de capter et de mettre en forme le réel. Cette mise en forme composée, pour le webdocumentaire, de vidéos, d’images, de sons, de textes a pour objectif de mieux faire comprendre voire de faire ressentir différemment le monde qui nou sentoure. Dans ce cadre, la démarche du documentariste est donc autant narrative, sensible que pédagogique.

Dans le discours préliminaire de L’Encyclopédie ou Dictionnaire raisonné des sciences, des arts et des métiers, Diderot et d’Alembert annoncent vouloir faire confiance à l’intelligence du lecteur. Il est libre de parcourir les articles selon ses envies, ses besoins. Et pour l’amener à s’intéresser à l’ensemble de l’ouvrage (17 volumes de texte et 11 volumes de planches publiés entre 1751 et 1772), les auteurs élaborent un système de renvois d’un article à l’autre, l’ancêtre des liens hypertextes et illustrent leurs articles avec des planches à la fois synthétiques et détaillées. Cette démarche est à la fois subjective (les prises de position vis à vis de la religion ou du Roi) et objective (rassembler et classer les connaissances de manière raisonnée).


Quelques siècles plus tard, préfigurant le webdocumentaire en France, entre 1994 et 1998, les CD-Rom culturels sont à l’origine d’une nouvelle écriture dite multimédia (Lavigne 2005). Cette écriture mêle textes, sons, images et vidéo.

En parallèle de la première numérisation des œuvres artistiques et contenus intellectuels, la Réunion des Musées Nationaux se lance dans une politique ambitieuse de publication de contenus multimédia. Le Louvre, peintures et palais connaît un certain succès en 1994. Les vues à 360° des espaces, la promenade d’un espace à l’autre du musée, accentuent l’immersion du spectateur pour proposer une véritable « visite virtuelle ». Mais la qualité des images et des sons que peuvent traiter les ordinateurs de l’époque, reste restreinte.

Détails du Torrent "Le Louvre - Le palais et les peintures ...

En 1996, dans le CD-Rom, Au cirque avec Seurat, Frédéric Sorbier dépasse la vision encyclopédique du catalogue pour entrer dans l’oeuvre et proposer à partir des détails de celle-ci, des enquêtes et des jeux. Par ce biais, il fait découvrir presque 240 œuvres picturales. La même année, le CD-Rom Versailles, complot à la cour du Roy introduit le storytelling. Le joueur est amené à rencontrer les personnages historiques et à explorer les espaces pour résoudre des énigmes et sauver Louis XIV (Latrive, Peyret 1996).

Les premières critiques de l’écriture multimédia témoignent de l’ambition de voir émerger un style, une approche d’auteur, à travers l’agencement de contenus divers. Et l’on reproche à la fin des années 1990, le manque d’ambition de produits fabriqués en série, avec une interface et des contenus médiocres (Lavigne 2005).


Avec le déploiement de l’internet bas débit en France, puis du haut débit, l’écriture multimédia se développe désormais en ligne.

La Cité des Mortes, site internet proposé par Jean Christophe Rampal, MarcFernandez et Estelle Larrivaz, marque en France, l’émergence des webdocumentaires en 2005. Il rassemble des photos, des témoignages, des vidéos et une carte interactive en complément dulivre La ville qui tue les femmes (Hachette, 2005) et d’un documentaire diffusé sur Canal +.

Son esthétique rappelle encore celle des CD-Rom culturels : une interface assez simple, une qualité des images réduite. Mais sa dimension esthétique – ambiance sonore, choix et présentation des documents – et sa dimension informative complémentaire le distinguent.


En France, le soutien des chaînes de télévision publiques a été déterminant pour le développement et le financement des webdocumentaires.

La chaîne de télévision Arte a très tôt proposé dans le cadre du développement de sa plateforme sur le web, des contenus spécifiques. Elle a participé dès 2002, à la conférence organisée au Centre Pompidou de Paris, Les cinémas de demain : le webdocumentaire alors qu’Internet était encore diffusé en bas débit en France. Elle a ensuite acheté et co-produit une série de webdocumentaires ambitieux, à la réalisation souvent soignée.

La chaîne d’information internationale France 24 (créée en 2006) et France Télévision, via sa plateforme Nouvelles Ecritures, ont aussi soutenu des productions web à destination du grand public avec uneapproche souvent plus journalistique que documentaire. Outre la volonté de s’adresser autrement à leur public, ces chaînes de télévision ont soutenu la production de ces contenus dans le cadre de leur mission de service public.

«La télévision publique a lacharge d’informer, d’éduquer et d’animer le débat démocratique, tantau niveau national que local et international.» (France Télévision 2016).


Le format du webdocumentaire arrive à maturité notamment avec la diffusion en 2008, de Gaza Sderot (co-produit par Upian, Arte etde nombreux partenaires) et en 2010, avec Prison Valley (de David Dufresne et Philippe Brault).

Gaza Sderot (2008) – vue en split screen
Prison Valley (2010) – vue en 360°

Il se démocratise ensuite au-delà des chaînes de télévision. Certaines entreprises, et en particulier les associations caritatives et les organisations non gouvernementales choisissent ce format pour proposer un discours élaboré complémentaire de campagnes plusclassiques de communication (affichage, démarchage, vidéos publicitaires).

A travers ces productions, se développe un discours moins consensuel et plus ciblé. Créer un webdocumentaire, en donnant parfois à des auteurs la possibilité d’apporter leur regard,permet de présenter de manière interactive et plus fine, les objectifs et les problématiques de ces structures à leurs éventuels clients,donateurs ou contributeurs.

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