Webdocumentaire : la participation

Lorsqu’il consulte un webdocumentaire, l’internaute doit auminimum cliquer pour avancer dans la narration. L’internaute devientdonc le participant d’une expérience. Cette participation prendplusieurs formes. Le webdocumentaire peut donc faire du spectateur,dans l’absolu, un acteur qui construit son discours selon ses goûts, sespréférences en fonction de ce qui lui est proposé.


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Lors d’une étude empirique menée avec les étudiants de l’IUT de Saint-Dié-des-Vosges en 2014 et 2015 auprès de leurs proches, il est apparu rapidement une différence entre générations, en fonction des pratiques web de chacun.

Les plus âgés se sont déclarés perdus face à un design élaboré et ludique. Ils préféraient souvent le menu classique avec des mots plutôt qu’un menu « caché » sous forme d’images ou d’interactions. Les plus jeunes, notamment ceux ayant l’habitude d’utiliser Internet ou les jeux vidéo, parvenaient à se repérer facilement quelle que soit l’interface. Samuel Gantier et Laure Bolka en sont venus à des conclusions similaires :

Les webdocumentaires sont construits dans une négociation entre repères rassurants et éléments déstabilisants pour l’usager, qui peuvent être vus commedes garants du maintien de l’attention. Les repères rassurants rendent l’usager réceptif, tandis que les6éléments nouveaux participent à éveiller sa curiosité et retenir son attention, à condition que la dose de nouveauté – et donc de déstabilisation – ne soit pas trop importante afin de ne pas le désorienter et le décourager.(Gantier, Bolka 2011: 127)


Il est donc nécessaire pour faciliter la transmission que les codes communicationnels (et donc le design) donnent l’impression au participant d’être en terrain connu. Il est aussi apparu lors de cette enquête une autre différence entre les générations.

Les plus âgés étaient attentifs au traitement de l’information. Ils prenaient le temps de lire, de regarder tous les contenus et s’intéressaient au fond. Les plus jeunes, passaient plus rapidement d’une page du site à l’autre, en ne se focalisant que sur cequi les intéressait.

Cette enquête nous a permis de saisir l’importance de prendre en compte les usages numériques et pratiques culturelles du public auquel le documentariste souhaite s’adresser lorsqu’il propose des contenus pour le web.


Le contenu (textuel ou visuel), le design de l’interface, la manipulation du système (au doigt, à la voix, à l’espace) ne sont pas compris, ressentis ni maîtrisés de la même façon. L’expérience est différente selon les participants.

A cette disparité des usages, tant générationnelle qu’intellectuelle, s’ajoute la fragmentation du public en communautés de goûts et d’intérêts, corollaire d’une société libérale, accélérée sur le web par le développement des forums, puis des réseaux sociaux.

Olivier Bomsel le résume ainsi :

Non seulement la demande pour un contenu est globalement incertaine, mais la grande dispersion des préférences individuelles crée des profils de demande très spécifiques. (Bomsel 2007: 188)

S’ils veulent atteindre un public déterminé, les auteurs d’un webdocumentaire doivent donc désormais prendre en compte plusieurs facteurs pour adapter soit le contenu, soit sa présentation.Quel niveau de connaissances ? Quelles pratiques sociales ? Quelle maîtrise des interfaces médias ?


Une des solutions consiste à demander au participant de personnaliser le contenu selon ses préférences et ses usages.

Do Not Track alterne ainsi des séquences communes (sur l’histoire et l’évolution d’Internet) et des séquences personnalisées où il faut partager ses données (par exemple, le site de presse que l’on consulte régulièrement) pour connaître les données collectées sur sa propre vie privée.

L’implication la plus forte reste la contribution. Le participant est alors amené à apporter un témoignage (ses écrits intimes dans Mots d’Ado d’Irvin Anneix). Il peut aussi collecter des données qui seront insérées dans les épisodes suivants (compter les vers de terre, dater le retour des oiseaux pour Mission Printemps). Ou il peut encore débattre souvent par le biais des commentaires ou des réseaux sociaux (cf. Le bouton Débat sur facebook et le menu central Et vous? mettant en valeur les commentaires des participants de Qui va garder les enfants ?).

Ces niveaux d’implication forts (la contribution, la personnalisation) demandent ceci-dit une grande attention de la part des auteurs ou le recrutement d’une personne en charge de modérer les propos et de discuter avec la communauté.

Cela suppose aussi de gérer la fin de l’implication, tant d’un point de vue émotionnel (la déception suite à une expérience réussie mais trop courte) que pratique (que faire de la page facebook ou de la rubrique « commentaires » quelques années après le projet ?).

Enfin, la demande de contributions ne doit pas être assimilable à un travail gratuit. Avec Internet, les concours se sont multipliés et les artistes(photographes et graphistes en particulier) dénoncent régulièrement ces pratiques.


Mais comment réagissent les participants ?

Fort Mac Money de David Dufresne a été diffusé à partir de novembre 2013 et arassemblé un public nombreux. Les 10 participants les plus assidusont révélé leurs motivations dans un entretien sur le Blog documentaire (Male 2014). Ce qui les a d’abord intéressés, c’est le sujet, à savoir les problématiques posées par l’exploitation des sables bitumineux au Canada. Ensuite le traitement, sous forme de jeu documentaire, a séduit les internautes. La diffusion par épisodes, la possibilité d’influer sur la suite du récit et de débattre ont également contribué au côté addictif du projet.

Même si certain ont noté l’effort demandé et la nécessité de passer du temps pour comprendre tous les enjeux. Des défauts techniques et des bugs ont été relevés par tous les participants. L’un d’eux a aussi critiqué l’impossibilité de suivre les débats. Ceux-ci étant constitués d’une suite de commentaires et compte tenu du nombre de propos postés, il était difficile de véritablement dialoguer. L’implication du joueur dans les débats s’est finalement révélée quelque peu accessoire et superficielle.

L’aspect participatif a souffert des aléas d’une première expérience encore en rodage. Or s’il est dénoncé comme défaillant, c’est qu’il est perçu comme essentiel dans l’acquisition d’un message. C’est par la discussion, avec les autres internautes notamment, et donc par la reformulation et l’appropriation du message que le participant le transforme en connaissance (Charlot 2007: 70)

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