Une bonne websérie ?

Ce n’est pas de la télé ?

Si les webséries aiment explorer les références de genres connus – Science Fiction, Fantastique, Univers Geeks -, le traitement de ces thèmes les distingue de leurs cousines, les séries télévisuelles. Le public de la télé, vieillissant, ne se reconnaît pas dans les références abordées sur Internet, ni dans le rythme frénétique, ni dans les cadrages. Alors que le public plus jeune y retrouve une liberté de ton qui lui correspond.

A quelques exceptions près – Bref, Hero Corp ou encore Kaamelott … sur le petit écran, les séries françaises de format court réussissent lorsqu’elles font référence au quotidien du couple, de la famille, du boulot : Fais pas ci/Fais pas ça, Un gars/Une Fille, Caméra Café. On ne rêve pas. Les situations très courtes s’enchaînent, des minis sketchs où des vannes plus ou moins efficaces fusent. Mais aucune de ces séries ne développe une histoire, un univers.

Des épisodes courts et drôles ?

La web série n’est pas forcément cantonnée au format court, ni au format humoristique. Antoine Daniel, chroniqueur pour What the Cut, propose aux jeunes « youtubers » et autres « podcasters » quelques conseils avisés, dont voici une sélection :

  • Redevenez spectateur. Lorsque vous estimez avoir terminé votre vidéo, posez vous la question suivante : “Est-ce que si je tombais par hasard sur cette vidéo est-ce qu’elle me plairait ?”.
  • N’ayez pas peur. Se lancer publiquement sur internet est un sacré défi et 1000 dangers vous attendent. La dépression vous guette à chaque commentaire. Prenez principalement en compte les commentaires constructifs (autant positifs que négatifs).
  • Rythmez votre montage. Dans le cas d’une vidéo montée (pas un vlog par exemple) il faut que le montage soit tout autant un langage que vos paroles. Ne confondez pas pour autant montage rythmé et rapide. Montage rythmé = Montage ayant le rythme qui sert le propos de votre vidéo et l’accentue.
  • Soyez proches des gens. En tous cas autant que possible, tout dépend de votre succès. Mais ne perdez jamais ce contact avec votre public. Interagissez sur les réseaux sociaux, faites des lives, faites des vidéos où vous leur parlez. Ce contact est primordial car nous ne sommes pas à la télévision mais sur internet, un lieu d’interactions.
  • Persévérez. Tout vient à point à qui sait attendre. Persévérez sur tous les points. Ne lâchez pas quelque chose qui vous plait sous prétexte que vous ne le maitrisez pas encore assez bien ou qu’il n’atteint pas encore le succès que vous attendez. Tant que vous prenez de plaisir à faire ce que vous faites, continuez.

Une question d’argent ?

Le budget moyen d’une série télévisée est de 2 à 4 millions d’euros par épisode aux Etats-Unis (et il est en augmentation, cf HBO), 700 000 € en France (source – chiffres de 2012). Le budget d’une série télévisée est lié à plusieurs facteurs : la grille de programmation, qui détermine l’audience, qui détermine l’achat de créneaux publicitaires, qui détermine la rentabilité des séries pour le diffuseur.

Sur internet, ces paramètres n’entrent pas en compte. Les créateurs sont libres de proposer ce qu’ils veulent. Pour des millions de vidéos qui font un bide et n’ont qu’un auditoire restreint, plusieurs milliers de vidéos émergent du lot et permettent à Youtube, Dailymotion et autres diffuseurs de se rémunérer.

Il n’y a donc pas de contrainte de production. Le réalisateur peut innover et faire ce qu’il veut en terme de narration, de format, de thématique. Personne ne lui dira comment faire. Si on se plante, pas grave, aucune somme folle n’étant mise en jeu… Le web apparaît comme une nouvelle école du cinéma. Un lieu où l’on peut partager, découvrir, créer et soumettre des contenus audiovisuels variés.

Mais les temps changent. Internet devient mature, les productions à gros budget apparaissent sur le net, comme le Studio Bagel ou Golden Moustache (soutenus par M6 et Canal+). Là où au tournant des années 2010, la production internet était forcément associé à un Do It Yourself et à une qualité moindre, apparaissent des productions à l’image léchée, au jeu d’acteur plus travaillé, aux dialogues avec des rythmes précis, une esthétique et un fond beaucoup plus plus réfléchi.

Avec le collectif Suricate par exemple, nous commençons à voir sur l’Internet français des créations moins désopilantes, qui ne sont pas forcément ultra rythmées mais qui n’en demeurent pas moins ingénieuses et divertissantes. On n’est plus obligé de se filmer dans sa chambre et de faire des blagues puériles pour réussir (comme Norman ou Cyprien), on peut aussi raconter des choses avec du fond et émouvoir sur la toile.

Comment rédiger un dossier de financement ?

Hé oui, les webséries peuvent être en partie financées par le CNC qui s’intéresse de plus en plus aux formes de fictions émergentes.

Kestuf’ , la websérie d’animation documentaire qui répond à toutes sortes de questions, futiles comme fondamentales, a d’abord été un dossier de production drôle et brillant. Ses auteurs, Jeff Le Bars et François Dufour, ont en effet eu l’intelligence de montrer que la création commence au moment de l’écriture… Une bonne série commence d’abord par une bonne préparation. Mais ça vous le saviez déjà !

Extraits du dossier de production de la série Kestuf’ :

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