Ados et YouTube

Le tableau souvent morose et désabusé de YouTube, considéré comme l’empire du lol et du mauvais goût, ne suffit pas à qualifier le rapport des jeunes à YouTube, et des adolescents en particulier. Lors d’une table ronde organisée à l’Université de Lorraine, à Nancy, le 13 juin 2017, une professeur documentaliste a présenté son enquête menée auprès des adolescents pour connaître leurs habitudes sur la plateforme de streaming vidéo.

Que consultent les adolescents ?

Évidemment, YouTube est d’abord pour eux une plateforme de divertissement. Les contenus amusants et “détonants” suscitent leur curiosité, notamment lorsqu’ils visionnent un contenu à plusieurs autour d’un smartphone. Mais ils consultent aussi beaucoup de contenus sérieux généralistes comme la chaîne Trash qui compte des professeurs dans l’équipe éditoriale et qui crée des contenus plutôt documentés.

Les adolescents consultent aussi les tutoriels. Plus jeunes, ils s’intéressent à la réparation de vélo, à la pêche … Plus âgés, ils commencent à s’intéresser à la domotique ou à la réparation automobile … Enfin, dans le cadre de leurs révisions, ils sont aussi friands de contenus qui reprennent des points de leur cours. Les chaînes abordant ces contenus de manière plus illustrée et plus dynamique. Ont été cités notamment :

  • les rediffusions : Il était une fois, C’est pas sorcier …
  • les chaînes spécialisées : Nota Bene, Experiment Boy, Dirty Biologie, Mamytwink …

Comment réagissent-ils ?

Les échanges par messagerie sont très peu utilisés à part pour contacter l’auteur d’une chaîne. La discussion se fera plutôt dans les commentaires qui sont utilisés parfois comme un forum (avec la possibilité de répondre à un commentaire en particulier). Ces commentaires sont de tous ordres : recadrage par les fans de la chaîne, accusations de plagiat, commentaires sur le style du présentateur, apport de compléments, insultes …

Pour évaluer le contenu, ils auront d’abord tendance à faire plus confiance à une émission diffusée auparavant à la TV. Ils recoupent aussi leurs cours avec le contenu de la vidéo pour en déceler les défaillances. Hélas, la popularité (nombre de vues, nombre de commentaires) peut aussi être un critère de validité en particulier pour les collégiens. Or la popularité sur YouTube est aussi fonction des algorithmes : plus un contenu est consulté, plus il sera proposé à d’autres internautes sans évaluation du contenu en lui-même. Dans sa logique de captation de l’attention qui conditionne le visionnage massif de publicités, YouTube a intérêt à privilégier les contenus les plus regardés.

Que publient-ils ? Et pourquoi ?

Il faut d’abord dire que les adolescents sont rares à publier des vidéos sur YouTube. Dans sa fonction première — publier des contenus personnels en vidéo – cette plateforme a été largement remplacée par Snapchat. YouTube est aujourd’hui considéré comme un espace de publication de vidéos plus élaborées. Ce qui demande plus de temps et d’efforts.

Si les plus jeunes imaginent devenir célèbres et gagner de l’argent, les plus âgés ont d’autres ambitions dont celle de partager leurs connaissances ou leur expertise dans un domaine. C’est aussi l’occasion pour les plus passionnés d’entrer en contact avec leur communauté d’intérêt. Les collégiens imitent d’abord ce qui a le plus de succès : ils réalisent par exemple des captures de jeux vidéo et des captures de leurs réactions, qu’ils superposent sans trop réaliser de montage. Tandis que les lycéens utiliseront des compétences plus diversifiées avec un scénario, un montage, voire l’achat de matériel.

Concernant le référencement des contenus, les stratégies sont inégales. Il n’est pas toujours aisé pour eux de savoir quels mots clefs associer à leur contenu. Cela peut être un exercice sémantique intéressant à réaliser en classe. Aller au-delà de la logique marchande de YouTube, faire comprendre ses enjeux est un défi pour les enseignants. YouTube les challenge et les concurrence : qui dit la vérité ? qui la dit de la meilleure manière ? Il faut donner aux jeunes les capacités de se diriger dans l’océan des contenus vidéo.

S’informer, c’est être capable d’émettre ses propres demandes. Savoir choisir quels contenus l’on regarde, c’est aussi ce qui va définir notre esprit critique et l’autonomie d’un individu en matière d’information.

 

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